Ablation d'une tachycardie jonctionnelle sur voie accessoire patente (Syndrome de Wolff Parkinson White) ou cachée (AVRT)
Qu'est-ce qu'une tachycardie jonctionnelle ?
La tachycardie jonctionnelle est un trouble du rythme cardiaque qui naît au niveau d’un court-circuit anormal entre les oreillettes et les ventricules. Le principal symptôme, les palpitations, correspondent à un rythme souvent accéléré et régulier du cœur. Il peut également engendrer d’autres symptômes tels qu’une dyspnée (essoufflement) d’effort ou de repos, parfois des vertiges ou une perte de connaissance, notamment à l’effort.
Il peut survenir sur un cœur le plus souvent sain, est fréquent chez les personnes jeunes mais peut survenir chez les personnes plus âgées.
Vous avez été adressé par votre cardiologue car il suspecte chez vous un syndrome de Wolff Parkinson White ou une tachycardie jonctionnelle sur une voie accessoire cachée : le mécanisme de cette tachycardie correspond à un court circuit électrique intra-cardiaque lié à l’existence d’un « fil électrique » supplémentaire (dénommé voie accessoire) au niveau de la zone de transition entre les oreillettes et les ventricules. L’ablation de cette tachycardie consiste à cautériser (ablation par radiofréquence) cette voie accessoire.
Le diagnostic n’est pas toujours possible sur les éléments électrocardiographiques à la disposition de votre cardiologue (ECG de base, ECG pendant la crise, résultats d’un Holter-ECG ou lors d’une épreuve d’effort) et le diagnostic définitif ne peut parfois être établi que par l’étude électrophysiologique précédant l’ablation.
Deux autres mécanismes principaux peuvent être à l’origine de votre trouble du rythme :
La tachycardie par réentrée intra-nodale (appelée souvent maladie de Bouveret ou AVNRT)
Il s’agit d’un court circuit électrique intra-cardiaque lié à l’existence d’un « fil électrique » supplémentaire (dénommé la voie lente) au niveau de la jonction électrique entre les oreillettes et les ventricules. L’ablation de cette tachycardie consiste à modifier les propriétés de conduction de cette voie lente soit par cautérisation (ablation par radiofréquence) ou par cryothérapie (cryoablation).
La tachycardie atriale
Il s’agit d’une contraction très rapide des oreillettes due à un circuit électrique qui fait une boucle dans l’oreillette droite ou gauche (court-circuit tournant dans l’oreillette) ou à une activité rapide très localisée au niveau de l’oreillette droite ou gauche.
Un traitement médicamenteux peut également être entrepris afin de réguler cette arythmie dans un premier temps, mais une ablation vous sera très souvent proposée par votre cardiologue en cas d’inefficacité des traitements médicamenteux ou en cas d’intolérance de ces traitements.
Pourquoi vous propose-t-on une ablation de votre tachycardie jonctionnelle ?
Une ablation de tachycardie jonctionnelle pourra vous être proposée dès le diagnostic réalisé sur l’électrocardiogramme, mais également parce que les traitements médicaux sont inefficaces ou entraînent des effets secondaires ou encore si vous ne souhaitez pas prendre de traitement médicamenteux au long cours.
Elle vise à supprimer l’origine de ces tachycardies et permettra en cas de succès de prévenir la récidive de symptômes (tels que les accès de palpitations). Elle permettra également d’arrêter d’éventuels traitements médicamenteux.
Préparation à l'examen
L’intervention ayant lieu la plupart du temps sous anesthésie locale, une consultation d’anesthésie n’est donc pas indispensable mais vous est proposée dans certains cas (notamment si vous avez des antécédents d’autres arythmies telles que la fibrillation atriale).
- Vous devez être à jeun pour la réalisation de l’examen.
- Le traitement antiarythmique sera en général arrêté avant la procédure avec des durées d’interruption variables selon les traitements prescrits (une ordonnance avec des consignes spécifiques sera jointe à votre convocation ).
- Vous serez hospitalisé en règle générale une nuit après l’intervention (si une ablation est réalisée). Si l’ablation ne peut pas être réalisée le jour-même, vous pourrez en général quitter l’hôpital le jour-même.
Déroulement de l'examen
- L’ablation de votre tachycardie se déroule le plus souvent sous anesthésie locale (du pli de l’aine) et sa durée est très variable d’un cas à l’autre.
- L’accès au cœur est réalisé par l’introduction de cathéters dans la veine fémorale au pli de l’aine. De là, les cathéters sont montés sous contrôle radiologique jusque dans l’oreillette droite.
- La première étape consiste à réaliser une étude électrophysiologique (EEP) visant à établir ou confirmer le mécanisme de la tachycardie jonctionnelle et définir la cible d’ablation.
- La seconde étape, une fois le diagnostic confirmé, consiste à « brûler » une petite zone de l’oreillette droite ou gauche. Le but est d’interrompre la conduction électrique anormale par la voie accessoire. Parfois, notamment lorsque la voie accessoire est située au niveau des cavités cardiaques gauches, une nouvelle procédure d’ablation vous sera proposée dans un 2e temps car celle-ci peut nécessiter un abord particulier (par ponction transseptale) ou une technique d’ablation particulière.
- La phase d’ablation peut être plus ou moins douloureuse selon le site d’ablation et selon le patient : des traitements antalgiques puissants sont administrés de manière prophylactique en début d’examen et adaptés à votre niveau de douleur.
Suivi de l'examen
Dans les suites de l’intervention, après une surveillance initiale en salle de surveillance de cardiologie interventionnelle, vous serez hospitalisé directement dans le service de cardiologie du CHL avec un pansement compressif au pli de l’aine et la nécessité de maintenir la jambe droite allongée entre 2 et 4 heures avant de pouvoir vous lever.
Les bénéfices et les risques
Les chances de succès de l’intervention dépendent de la localisation de la voie accessoire mais sont en général bonnes (> 90 % de succès pour les voies accessoires latérales gauches par exemple, entre 93 – 98 % pour les voies accessoires postéro-septales selon les études avec un risque de récidive plus important dans cette localisation).
L’amélioration des symptômes est souvent très rapide.
Les risques liés à l’intervention sont faibles. Les plus fréquents sont bénins (hématome au niveau de l’aine, lésions artérielles ou veineuses plus significatives pouvant nécessiter un geste de chirurgie vasculaire (faux anévrisme, fistule artério-veineuse), douleurs dans la poitrine liées à une réaction inflammatoire).
Les autres complications, très rares et variables selon le site et la technique d’ablation, sont :
- La tamponnade, correspondant à un saignement autour du cœur pouvant nécessiter une ponction à travers la peau en urgence (drainage péricardique) ou exceptionnellement un geste de réparation d’une plaie cardiaque chirurgicale (nécessitant l’abord du cœur par sternotomie ou thoracotomie).
- L’implantation d’un pace maker du fait d’une anomalie de conduction de l’électricité entre les oreillettes, soit démasquée par la procédure, soit secondaire à une lésion des voies électriques par le cathéter (en cas de voie accessoire située proche des voies de conduc- tion normales du cœur).
- L’AVC (accident vasculaire cérébral), lié à la migration d’un caillot de l’oreillette dans les artères cérébrales. Ce risque est diminué par la poursuite des anticoagulants avant (si nécessaire), pendant et après la procédure. Complication exceptionnelle en cas de bonne gestion des traitements anticoagulants.
Consignes au retour à domicile
- Surveiller le point de ponction.
- Ne pas prendre de bain pendant 3 jours.
- Éviter de porter des charges lourdes.
- Informer le médecin en cas de saignements au(x) point(s) de ponction, de difficultés à respirer ou de douleurs thoraciques.
Réf. : Flyer Ablation tachycardie jonctionnelle Janv 2026